ARTIVIEW by ARCHES® Nicolas DRAEGER – Éditions Anthèse
Présentez-vous brièvement
Je m’appelle Nicolas DRAEGER, je m’occupe des Éditions Anthèse et nous sommes à Montrouge. Il y a 20 ans, j’ai monté un atelier de lithographie parce que j’avais pas mal de projets de livres d’artistes. Je suis issu d’une famille d’imprimeurs, cela fait 6 générations aujourd’hui qu’on « noircit du papier » et le premier imprimeur dans la famille s’appelait d’ailleurs Nicolas DRAEGER (1813-1910). C’était donc obligé de recommencer !

En fait, nous avons remonté cet atelier pour faire des livres d’artistes. Le premier que nous avons réimprimé, en 2004, c’était JAZZ d’Henri Matisse, parce qu’en 1947 il avait été imprimé en partie et assemblé par ma famille. C’est un livre que j’ai toujours connu et j’avais donc décidé de le refaire. Pour nous, le meilleur procédé pour cela était sur une machine plate, couleur par couleur.
Pour les 250 exemplaires de la première édition de 1947, l’ensemble des planches en couleurs a été réalisé dans l’atelier Mourlot, sur papier Velin d’ARCHES®, à la gouache au pochoir, d’après les collages originaux de Matisse. Le principal défi consistait à restituer fidèlement l’intensité des couleurs des papiers découpés. Le choix du pochoir s’est ainsi imposé. Les mêmes gouaches que celles utilisées par Matisse ont été employées pour l’impression, afin de préserver la luminosité des œuvres originales. Chaque couleur a été appliquée séparément à l’aide de pochoirs découpés à la main. Les planches de texte, quant à elles, ont été réalisées à Montrouge par ma famille, qui a également assuré l’assemblage de l’ouvrage.


Quelles techniques utilisez-vous ?
Aujourd’hui, nous imprimons des lithographies. Nous avons une machine plate Marinoni-Voirin*, format Colombier (format papier 63 x 90 cm) et 2 presses à bras. Nous avons pas mal d’artistes qui viennent à l’atelier, qui dessinent sur pierre et que nous imprimons. Nous travaillons pour des artistes, des galeries et certaines institutions. Nous travaillons beaucoup avec le musée Matisse du Cateau-Cambrésis. Nous avons travaillé avec le Centre Pompidou pour l’exposition qui est en cours. À chaque fois, ce sont de petits tirages, entre 20 et 50 exemplaires. Cela nous arrive d’en faire plus, cela va dépendre des artistes, des commandes… nous nous adaptons.
La machine plate s’appelle ainsi parce que le système d’impression est à plat. La feuille tourne sur un cylindre, qui est mis en pression dessus, mais il n’y a que la feuille qui tourne, l’encrage et le support restent à plat.
*La machine plate, Marinoni-Voirin, est une presse née tout à la fin du 19ème, début 20ème siècle. Elle a remplacé la presse à bras puisqu’elle est mue par un petit moteur qui, au départ était activé par la vapeur puis par l’électricité. Cette presse permet de faire de très grands formats, des pierres, des zincs et des lithos sur plaque alu.


Quels sont les sujets qui vous inspirent ?
J’ai une autre passion en dehors de l’impression, c’est la moto. Ce qui est amusant, c’est que beaucoup d’artistes roulent à moto. Nous travaillons avec beaucoup d’artistes de la bande dessinée et ils sont très nombreux à rouler à moto. Nous faisions ici des soirées avec des amis motards et parmi eux des artistes de bandes dessinées. Ce qui nous permettait certains soirs de mettre des pierres et de leur demander de faire des dessins. Nous travaillons aussi avec des artistes spécialisés dans l’affiche en général, entre autres avec un artiste qui s’appelle Lorenzo, qui fait pas mal d’affiches d’événements autour de la moto. Nous travaillons avec un autre artiste avec lequel nous faisons au moins 1 ou 2 éditions par an. Il s’appelle Romain Hugault, il fait de la bande dessinée sur le thème des avions. Nous avons travaillé avec des gens comme Frank Margerin. En bande dessinée, nous avons dû éditer à ce jour plus d’une centaine d’artistes. Il y a des artistes qui en font plusieurs, d’autres ont fait juste une expérience. C’est intéressant car aujourd’hui ils travaillent de plus en plus avec des tablettes, et donc de reprendre le crayon et de dessiner sur une pierre, c’est pour eux un bel exercice.
Parlez-nous du livre « Matisse »
Nous imprimons Matisse depuis presque 20 ans maintenant, nous sommes un peu spécialisés « Matisse ». Nous avons refait le livre JAZZ d’Henri Matisse en 2004. Nous avions approché les héritiers Matisse pour avoir l’autorisation, puis nous avons travaillé avec eux sur les essais de couleur et ils nous ont fait confiance. J’ai fait la connaissance de Jean-Mathieu Matisse, qui a fondé la Maison Matisse, il y a 4 ou 5 ans. Nous lui avons fait des rééditions de planches inédites de Matisse qu’il avait dans ses collections personnelles. En fait, il avait envie de refaire une édition du JAZZ d’Henri Matisse. Cela fait 2 ans que nous discutons autour de cela et comme il y a l’exposition sur Matisse au Grand Palais, il s’est rapproché du Centre Pompidou qui a décidé de refaire une édition, seulement des planches couleur de Matisse. Du coup, nous avons travaillé avec le Centre Pompidou sur ce projet, nous avons commencé en décembre 2025 et cela nous a pris 7 semaines pour imprimer l’ensemble des planches. Il y a 20 planches couleur pour ce livre, cela représente à peu près 120 couleurs au total. Pour nous rapprocher au mieux des couleurs, nous avons demandé à ce qu’un exemplaire de l’édition de 1947 nous soit prêté.



La complexité pour ce livre, c’était que certaines couleurs ne sont pas faciles à faire. En 2004, nous avions pu faire refabriquer 2 couleurs spécifiques, le fuchsia et le bleu « Matisse » qui est assez particulier. Malheureusement, le fabricant qui avait fait le bleu il y a une vingtaine d’années, avait toujours les formules mais il ne retrouvait plus les pigments pour le refaire. Nous sommes donc partis d’un autre bleu que nous avons adapté pour faire nos mélanges et recréer la couleur. Ce n’est pas simple car pour l’édition originale c’était de la gouache. Là, nous sommes sur des encres d’imprimerie, donc la perception de la lumière sur les couleurs est différente. C’est toujours complexe d’ailleurs quand on imprime couleur par couleur ou ton par ton. Il faut faire les premières couleurs claires suffisamment fortes pour qu’elles ne disparaissent pas avec des couleurs plus fortes qui arrivent derrière. En lithographie, on peut commencer par des noirs, cela dépend du sujet, des superpositions qu’on va avoir. Souvent, on commence par les couleurs les plus claires, cela permet de moins laver la machine. Entre chaque couleur, il faut laver intégralement la machine, tous les rouleaux, pour pouvoir recommencer une couleur. Si on commence par des foncées et qu’on doit faire des claires derrière, le lavage n’est pas du tout le même. Il faut réfléchir en amont à la manière dont on va procéder.

Pourquoi avez-vous choisi le papier Velin BFK Rives® pour l’édition limitée de cet ouvrage ?
Nous travaillons avec ce papier depuis très longtemps. Aujourd’hui, c’est difficile de trouver des papiers dans des grammages suffisants et dans les formats dont nous avons besoin. En plus, nous avions besoin d’une grande quantité de feuilles et c’était un challenge. Il fallait aussi que ces feuilles soient exactement les mêmes, qu’il n’y ait pas de différence de teinte entre 2 fabrications. Car même si la différence de teinte peut paraître minime, quand on met 2 feuilles côte à côte, l’œil ne voit que cela.
À l’origine, l’ouvrage était uniquement constitué de papiers découpés. Henri Matisse expliquait que « le découpage des couleurs lui permettait de dessiner directement dans la couleur ». Une fois les vingt planches achevées, il décida d’y ajouter un texte manuscrit entre chacune d’elles, afin de ménager des temps de repos pour l’œil.
Le papier ARCHES® en un mot
Nous, nous travaillons uniquement avec des papiers contenant du chiffon ou du coton parce qu’en fait, sur nos machines, nous utilisons beaucoup d’eau. Il faut donc des papiers qui soient capables d’absorber l’eau et nous avons besoin de papiers qui sèchent par pénétration, pas par oxydation. Les papiers ARCHES®, parmi lesquels le papier Velin BFK Rives®, se prêtent complètement à ce genre de travaux. Et puis nos clients nous demandent des papiers de qualité. Dire que cela a été imprimé sur de l’ARCHES®, c’est synonyme de qualité historique et de pérennité.
En un mot, c’est la qualité. Quand on ouvre un paquet de papier ARCHES®, il n’y a pas de surprises, on sait comment le papier se comporte.
Selon vous, quel est le plus grand artiste de tous les temps ? Pourquoi ?
En ce moment, je dirais Matisse ! J’adore les couleurs de Matisse, ses superpositions de couleurs, et tous ses travaux qu’il a fait sur ses papiers découpés. Une force dans les couleurs que nous arrivons très bien à rendre et à conserver avec notre mode d’impression, parce que nous travaillons couleur par couleur.

Avez-vous d’autres projets en cours ou à venir ?
Nous avons une petite série que nous attaquons demain pour une galerie qui fait des livres lors des expositions. Ils insèrent une petite lithographie dans chaque livre. Nous avons aussi une grosse série d’affiches autour de la moto, de l’automobile et de la femme à faire pour Lorenzo. Et nous allons refaire une affiche en 5 couleurs pour Romain Hugault.
Exposition « Matisse. 1941–1954 » du 24 mars au 26 juillet 2026 au Grand Palais à Paris :
https://www.grandpalais.fr/fr/programme/matisse-1941-1954

