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Exposition Henri Matisse, Jazz, le bon à tirer

La galerie de l’Institut à Paris propose jusqu’au 23 avril 2022 une exposition évènement : Henri Matisse, « Jazz », le bon à tirer inédit des compositions du célèbre livre publié par Tériade en 1947. Elle met à l’honneur un ensemble unique de pochoirs et papiers découpés uniques de l’artiste.

Cet ouvrage est le fruit d’une collaboration avec Tériade. Critique d’art d’origine grecque, il fut à partir de 1929 et pratiquement jusqu’à sa mort, le confident artistique privilégié de Matisse. C’est Katina, la filleule de Tériade, et son mari Costa qui ont confié à la galerie de l’Institut cet ensemble de vingt planches uniques, constituant le bon à tirer (BàT) de Jazz. Katina avait reçu ces planches en cadeau de mariage.
Les BàT sont les pochoirs exécutés d’après les maquettes originales, sur lesquels Matisse a ajouté, tantôt des annotations au crayon, tantôt des éléments en papier gouaché découpé qui recouvrent les formes dont la couleur obtenue au pochoir n’était pas exactement celle qu’il souhaitait. Enfin, l’artiste a signé de ses initiales les ajustements indiqués et annoté les épreuves du traditionnel « Bon à tirer » ou d’un simple « B ».
Les œuvres de la série Jazz ont été réalisées sur papier gouaché découpé et collé sur papier Velin d’ARCHES®.

Velin d’ARCHES – Arches Papers (arches-papers.com)

Jazz dans l’œuvre de Matisse

Créé entre 1943 et 1947, l’ouvrage Jazz est une œuvre clé dans l’Œuvre d’Henri Matisse. C’est le laboratoire qui lui permet de passer de la peinture à la pratique du papier découpé, technique développée dans la dernière décennie de sa vie. Elle abrite de nombreux chefs-œuvres, parmi lesquels Le Cow Boy, Le Lanceur de couteaux, Le Toboggan ou encore Icare. Jazz est un ensemble de vingt planches en couleurs scandées de pages de textes.

Henri Matisse, Le Lanceur de couteaux [pl. XV de Jazz], 1946, pochoir, papier gouaché découpé collé sur Velin d’ARCHES®, 42,5 x 60 cm ©Galerie de l'Institut, Paris / Henri Matisse.

C’est avec Jazz que se met en place la gouache découpée qui, à partir de 1948, devient le moyen d’expression privilégié de Matisse, réunissant en une unité le dessin, la couleur, la sculpture.  L’artiste exécute les maquettes en gouache découpée entre juin 1943 et l’été 1944. Elles sont, dans le livre, reproduites au pochoir avec exactement les mêmes gouaches. Puis, il rédige le texte et le calligraphie au roseau et à l’encre, sur les pages laissées vides et blanches, dans une écriture monumentale dessinée en 1946.

Dès le milieu des années trente, Matisse avait commencé à utiliser ponctuellement des aplats de papier découpé. Mais la guerre, et peut-être encore davantage la grave opération chirurgicale subie en 1941, suscitent une nouvelle phase de recherche. Surnommé à l’hôpital « le ressuscité », Matisse se considéra véritablement comme gratifié d’une seconde vie alors qu’il entrait dans la vieillesse. La technique de papiers colorés à la gouache puis découpés aux ciseaux, assemblés et collés, véhiculait plus directement et simplement que jamais une émotion demeurée intacte, la fraîcheur d’une sensation première. Il est remarquable que cette technique nouvelle ait été trouvée en dépit (ou à cause) de l’âge et de la maîtrise. Jazz ouvrait la voie à une technique synthétique dans laquelle la couleur était à la fois forme, contour, surface, densité, profondeur et mouvement.

« Au lieu de dessiner le contour et d’y installer la couleur – l’un modifiant l’autre – je dessine directement dans la couleur qui est d’autant plus mesurée qu’elle n’est pas transposée. Cette simplification garantit une précision dans la réunion des deux moyens qui ne font plus qu’un »

Henri Matisse 1951.